Versant moderne des joutes oratoires entre poètes, le slam monte en puissance pour une raison simple : ses principales valeurs sont la tolérance et la liberté.


Le slam est né en 1984 lorsque Marc Smith, entrepreneur en bâtiment et poète, mit en place un jeu de poésie dans un club de jazz à Chicago : il cherchait à donner un nouveau souffle aux scènes ouvertes de poésie en faisant participer le public aux scènes car il trouvait que les scènes ouvertes de poésie d’alors étaient « souvent longues et ennuyeuses ». Son but était de créer une mise en scène ludique pour améliorer la qualité du spectacle, mais aussi de mettre à mal la notion de qualité dans la poésie : quelques personnes, membres d'un jury arbitraire, exprimaient leur goût subjectif.

Le terme de slam a retenu son attention pour le côté sportif et ludique de "schelem" (en tennis, basket, bridge, etc.). Mais n’oublions pas qu’en argot américain, le mot slam désigne aussi « la claque ». En version poétique et moderne, il s’agit donc d’attraper l’auditeur par le col et de le « claquer » avec les mots et les images pour le secouer ou l’émouvoir.

Une poésie moderne et vivante


Pour faire simple, le slam consiste à dire, lire, scander, chanter ou même jouer des textes de son cru sur des thèmes libres ou imposés. Cet art d'expression déclamatoire se pratique dans des lieux publics comme les bars ou lieux associatifs, sous forme de rencontres et de joutes oratoires. En général, l'entrée est libre ou à prix minime et la plupart des scènes sont des scènes ouvertes : tous ceux qui veulent essayer peuvent passer sur scène, sans limite d'âge ou de style. De plus, le jugement est très rare pendant les scènes slam : on encourage les débutants plutôt que de les critiquer car chacun participe pour le plaisir de partager son texte.

Un autre intérêt du slam est que c’est un loisir qui ne coûte pas cher : avec un bout de crayon et un bout de papier, vous pouvez enflammer l’auditoire ! Car le slam est un art du spectacle oral et scénique focalisé sur le verbe et l'expression brute avec une grande économie de moyens, qui créé une sorte de lien entre l’écriture et la performance.

Une lente émergence française


En France, le slam se développe depuis le milieu des années 1990, en particulier sous l'impulsion du poète-acteur Pilote le Hot et d'autres artistes comme Nada, Albert Pesses, Normal, Félix J., Éric Dubois ... puis de l'association Uback Concept ou du Collectif 129H. Les scènes ont fleuri dans les bars du 18e et du 20e arrondissements de Paris avant de se propager dans toute la France, de Lyon à Nantes en passant par Strasbourg. D'ailleurs, loin de tout parisianisme élitiste, c'est à Nantes que se sont déroulées les quatre premières éditions du Grand Slam National, de 2004 à 2007. Rebelote en 2008 ?

Du côté du show-business, l’album « Midi 20 » de Grand Corps Malade, jeune slameur de Saint-Denis, fut le premier disque issu du mouvement slam français à bénéficier d'une bonne couverture médiatique radio/TV. Avec sa voix profonde et ses textes habiles et touchants, il a connu dès sa sortie un succès public inattendu et fait connaître le genre à un très large public en dépassant de fait son audience initiale. Dans la foulée, c'est sur un ton beaucoup plus swingue que le slameur Abd al Malik a connu un certain succès avec un rythme plus enjoué et des textes plus politiques.

Lancez-vous !


Vous écrivez en secret des poèmes dans votre chambre ou vous gribouillez des textes pendant les cours sur le coin de vos cahiers ? Tentez l'expérience en les déclamant en public ! Vous pouvez soit vous rendre sur une scène slam (où vous serez accueilli à bras ouverts) soit créer l'événement dans votre bahut en organisant une rencontre un midi ou après les cours. Il y a fort à parier que vos profs apprécient l'initiative et, qui sait, déclament du Molière comme des rappeurs en col blanc. Auteuil, Neuilly, Passy, c'est pas du gâteau ! Auteuil, Neuilly, Passy, tel est notre ghetto...


« Marc Smith n'aura eu qu'à modifier le concept de départ pratiqué par les poètes-beat, en l'adaptant à son époque, aux goûts et désirs d'un public moins disposé à la spontanéité: il aura su saisir une opportunité circonstancielle, s'approprier une formule existante en l'ajustant aux nécessités contextuelles de l'heure et du lieu, et donner à une nouvelle génération le privilège de la prise de parole mais, ici encadrée et limitée dans la durée de la prestation (3 minutes !), se placant ainsi à l'opposé des aspects déflagrateur et iconoclaste, (voire libertaire et anarchique), intrinsèques aux manifestations scéniques propres à la Beat Generation et à la contre-culture québécoise des années 70... Marc Smith aura relancé la prise de parole poétique sur la place publique et à l'échelle planétaire. Il incombe désormais à chacun d'avoir les mots pour se dire ! » (Lucien Francoeur)




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