Le suicide est aujourd’hui la principale cause de mortalité chez les 15-24 ans, juste après les accidents de la route. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’on n’est pas seul à ne pas être bien dans ses baskets et encore moins « suicidaire à vie ». Mais il faut aller demander de l’aide.

C’est une tendance qu’on ne peut ignorer quand on est ado. Car si évidemment cela ne concerne pas tout le monde (ouf !) ce sont quand même entre 600 et 700 jeunes qui meurent chaque année de cette manière, notamment des garçons. Un « chiffre minimal », estime Xavier Pommereau, psychiatre et directeur du Pôle aquitain de l’adolescent, « si l’on considère aussi des accidents de la route et des accidents domestiques », qui, faute d’accompagnement de « lettres d’adieux », ne sont pas classés comme des suicides et pourraient l’être parfois.

Un déclencheur banal…

Plus important, les tentatives pour se donner la mort sont en forte progression chez les moins de 16 ans, notamment chez les filles. Tout cela n’est donc pas banal, même si, paradoxalement, ce qui déclenche le passage à l’acte peut l’être : injustice scolaire, difficultés avec les parents, chagrin d’amour...

Les signaux d'alerte

  • Une dépression même si tous les suicidaires ne sont pas dépressifs : grande tristesse, perte du plaisir, d’énergie, idées noires, repli sur soi...
  • Des troubles du sommeil ou alimentaires, tels l’anorexie et la boulimie, des fugues, la chute des résultats scolaires…
  • La tentative de suicide. C’est un appel au secours. Le plus souvent, le désir n’est pas de mourir, mais de vivre autrement.
  • Les conduites à risques, signes déguisés du mal-être. Même si on a l’impression de se soulager en buvant ou fumant du cannabis à l’excès, cela ne résout rien et crée d’autres problèmes.

Mais ce ne sont jamais les vraies raisons. « Les circonstances déclenchantes sont en fait la goutte qui fait déborder le vase », explique le psychiatre. « Si il ou elle se suicide, ce n’est pas parce que son ou sa petit(e) ami(e) l’a quittée, même si c’est ce qu’ils croient. Derrière il y a toujours des causes plus importantes. Il faut se demander pourquoi ils n’ont pas supporté une rupture sentimentale à un âge où c’est courant. »

… derrière, un vrai mal-être

Au-delà des causes profondes telles que des secrets de filiation, des maltraitances, des violences sexuelles (un fille sur trois qui tente de se suicider en a subi), on est suicidaire « quand l’identité, sociale, culturelle, psychologique (dépressions graves)... est en question », poursuit le médecin, « quand on ne sait pas où est sa place ». Les homosexuels font ainsi des tentatives de suicide plus fréquentes, « parce qu’en plus d’avoir à supporter le regard homophobe, quand on est ado on vit mal d’être différent ».

Les origines et la fracture identitaire peuvent être également source de mal-être, « quand il y a un écart entre la perception que l’on a de soi et le regard qu’ont les autres ». On peut mal vivre le fait d’être trop reconnu comme africain, par exemple, alors qu’on est aussi à moitié européen.

Accepter d’être aidé

Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter à aller demander de l’aide. Vous pouvez le faire de manière anonyme et gratuite, sans être encadré par vos parents, sans passer par l’hôpital où l’on craint l’enfermement, d’être soigné avec des médicaments, d’être étiqueté malade psy.... Via le Fil Santé jeunes par exemple ou dans une consultation pour jeunes, telle une maison des adolescents.

Suicidaire ≠ fou

Seules 5 % des tentatives de suicide marquent l’entrée dans une maladie mentale déterminée. Et si tous les ados méritent d’être suivis psychologiquement, tous ne doivent pas en passer par un traitement antidépresseur.

Sur Internet aussi, on trouve plein d’infos et l’on peut discuter de ces sujets avec d’autres jeunes sur les tchats ou forums (Fil santé jeunes, Doctissimo...). En parler est la plus sûre façon de s’en sortir. Parce qu’ « on comprend d’où vient la blessure. Et c’est en donnant un sens à sa souffrance que l’on peut aller mieux », explique Xavier Pommereau. « On n’est plus suicidaire quand on connaît enfin ses origines, sa trajectoire. Ça ne veut pas dire que l’on ne souffre pas, mais que l’on souffre moins. »

Pas de fatalité

Quelques consultations, pas obligatoirement une thérapie, peuvent suffire à débloquer les choses. Il n’y a pas non plus de « fatalité ». Le psy est formel : on peut être suicidaire ado et être habité plus tard par un vrai appétit de vivre. « Si je n’y croyais pas, j’aurais changé de métier », dit-il.

À qui s’adresser ?

Fil santé jeunes, 0800 235 236 (gratuit), tous les jours de 8 h à minuit, www.filsantejeunes.com

Les consultations pour jeunes : Maisons des adolescents à Paris, Bobigny, Bordeaux, Le Havre, Marseille, Tahiti, Reims, Rouen (pour trouver la plus proche de chez toi, www.tasante.com), maisons des jeunes et de la santé, centres médicaux psychologiques... (renseigne-toi auprès de ta mairie ou demande à ton médecin scolaire)

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